Retour d’expatriation : rentrer, c’est aussi repartir

Vous avez voulu ce retour. Le logement est trouvé, les enfants sont inscrits, la couverture santé est réglée. Et pourtant, quelque chose ne s’est pas posé. Pourquoi rentrer chez soi pèse-t-il parfois plus que d’être parti ?

Le retour d’expatriation désigne le moment où l’on rentre en France après un séjour prolongé à l’étranger. Presque tout ce qui s’écrit sur le sujet concerne les démarches : fiscalité, carte Vitale, déménagement, scolarité. Ce qui se passe chez celui qui rentre y figure rarement.

Pourquoi le retour est-il plus difficile que le départ ?

On part en sachant que l’on part. Le départ est un acte, souvent désiré, porté par un projet. On rentre en croyant retrouver ce que l’on a quitté, et c’est là que quelque chose se dérobe. Le pays a changé, mais surtout vous avez changé : vous vous tenez autrement, vous parlez autrement, vous êtes attendu autrement. Votre place d’avant a été occupée, vos proches ont continué sans vous, et vous voici étranger dans un lieu où personne n’imagine que vous puissiez l’être. On parle de choc culturel inverse : le dépaysement que personne n’avait prévu.

Ce que le retour réveille

Le retour n’est pas une simple réadaptation. Il rouvre des questions que la distance tenait à l’écart : ce que l’on fuyait en partant, ce que l’on a gagné en étant loin, ce que l’on doit à sa famille d’origine, la place que l’on occupait dans les récits qui s’y racontaient. Le départ a parfois été une réponse. Le retour pose la question à nouveau.

Chez le dirigeant ou le cadre qui rentre, s’ajoute la question du rôle. À l’étranger, il représentait une entreprise, un pays, une fonction. En France, la fonction n’est plus la même, parfois elle n’existe plus. Ne plus être reconnu, ou n’être qu’un parmi d’autres, peut surprendre quand tout semblait en ordre sur le papier. Cette question est reprise dans Rentrer en France, ne plus représenter.

À quoi reconnaît-on un retour qui ne se passe pas comme prévu ?

Pas à un symptôme, plutôt à de petits décalages : se sentir de passage chez soi, s’irriter des usages que l’on admettait avant de partir, éprouver pour le pays quitté une nostalgie que l’on se refuse, ressentir au sein de la famille, du couple ou de la fratrie un malaise qui n’avait pas lieu d’être à distance, être fatigué sans que le déménagement l’explique. Aucun de ces décalages ne prouve quoi que ce soit. Ensemble, ils disent qu’un retour a eu lieu, mais pas encore le vôtre.

Ce que les guides administratifs ne couvrent pas

Les guides pratiques répondent aux questions que l’on peut poser : quel statut fiscal, quelle couverture santé, quel délai. Ils ne répondent pas à celle que l’on ne formule pas : pourquoi ce retour, que j’ai voulu, me pèse-t-il tant ?

Le travail analytique n’offre pas de méthode de réadaptation. Il offre un lieu où dire ce qui, dans ce retour, ne se dit nulle part ailleurs. Vous y entendez peu à peu ce qui se rejoue, parfois de longue date, entre la décision de partir et celle de rentrer. Cela ne se promet pas, et cela ne se compte pas en semaines.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le choc culturel inverse ? Il n’existe pas de durée type. Elle varie avec la durée de l’expatriation, les conditions du retour et ce que le départ avait déjà noué.

Est-il normal de regretter le pays quitté ? C’est fréquent, et cela ne signifie pas que le retour était une erreur.

Faut-il consulter un psychologue ou un psychanalyste ? Cela dépend de ce que l’on cherche : un appui ponctuel pour traverser une période, ou un lieu pour entendre ce qui se joue. Les deux démarches se distinguent sans s’exclure.

Frédéric Duplessy est psychanalyste, auprès des Français de l’étranger et des expatriés de retour (Praxis Apex), en France et à distance.

Analyses liées : Rentrer en France, ne plus représenter ; Changer de poste, rejouer le départ ; Mal-être en expatriation, ce que le départ rejoue.

Pour aller plus loin : Psychanalyste francophone pour expatriés.

Suivant
Suivant

Téléconsultation psychanalytique pour expatrié : ce que l’écran permet de dire